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Burn-out : cela n’arrive pas qu’aux autres, comment reconnaître les signes et prévenir l’épuisement professionnel

Nous avons tous entendu parler du burn-out. Le terme est devenu courant, parfois même tellement courant que l’on finit par l’utiliser pour décrire une simple période de fatigue ou quelques semaines particulièrement difficiles au travail. Pourtant, le véritable épuisement professionnel est beaucoup plus sérieux. Il ne correspond pas simplement au fait d’être fatigué après une période chargée : il s’installe progressivement lorsque les contraintes professionnelles deviennent durables et que les ressources dont dispose la personne ne suffisent plus à y faire face. Et surtout, le burn-out n’arrive pas uniquement aux autres. Il peut toucher une personne très investie dans son métier, un cadre qui ne compte plus ses heures, un chef d’entreprise qui porte seul ses responsabilités, un salarié consciencieux qui accepte systématiquement une tâche supplémentaire, mais aussi quelqu’un qui, pendant longtemps, a parfaitement réussi à supporter une charge de travail importante. Le risque apparaît lorsque l’investissement professionnel devient permanent, que les temps de récupération disparaissent et que l’on continue malgré les premiers signaux d’alerte.

Le burn-out ne se résume pas à un gros coup de fatigue

L’Organisation mondiale de la Santé définit le burn-out comme un phénomène lié spécifiquement au contexte professionnel, résultant d’un stress chronique au travail qui n’a pas été correctement pris en charge. Il se caractérise notamment par un épuisement profond, une prise de distance croissante à l’égard de son travail et une diminution du sentiment d’efficacité professionnelle. Cette définition permet déjà de comprendre quelque chose d’essentiel : le burn-out ne survient généralement pas du jour au lendemain. Il existe un décalage entre ce que la personne ressent au début et ce qu’elle éprouve lorsque l’épuisement est installé. Au départ, elle peut simplement avoir l’impression de devoir accélérer. Elle travaille davantage, répond plus tard aux messages, emporte des dossiers chez elle, réduit ses pauses, reporte ses congés ou renonce progressivement à ses activités personnelles. Elle se dit qu’elle récupérera plus tard. Puis la période difficile se prolonge. La fatigue devient habituelle. Le sommeil ne permet plus véritablement de récupérer. La concentration devient moins efficace, certaines tâches simples demandent davantage d’efforts et l’irritabilité augmente. Dans le même temps, la personne peut commencer à perdre le plaisir qu’elle trouvait auparavant dans son activité. C’est souvent à ce moment-là que le problème est encore minimisé : Je suis simplement fatigué, Je vais tenir jusqu’à la fin du projet, Après les vacances, ça ira mieux. Mais lorsque les mêmes mécanismes se répètent sans changement réel des conditions de travail, la récupération devient de plus en plus difficile.

Quand l’engagement professionnel devient une source d’épuisement

Le burn-out concerne particulièrement les situations dans lesquelles l’investissement personnel dans le travail est important. Cela peut être le cas dans les métiers qui exigent une forte implication émotionnelle, mais également dans les fonctions où les responsabilités, les objectifs ou la pression temporelle sont élevés. Une personne peut être très consciencieuse, organisée, perfectionniste et profondément attachée à la qualité de son travail. Ces qualités ne sont évidemment pas des défauts. Elles peuvent toutefois devenir des facteurs de vulnérabilité lorsqu’elles conduisent à repousser continuellement ses propres limites. Le raisonnement peut alors devenir : Puisque je peux encore faire un peu plus, je vais le faire.  Une journée supplémentaire, une heure de plus, un dossier pris en charge à la place d’un collègue, un week-end consacré au travail… Pris séparément, ces efforts semblent anodins. Le problème apparaît lorsque l'exception devient la règle. À force de fonctionner en permanence au-dessus de ses possibilités de récupération, la personne finit par utiliser ses réserves sans parvenir à les reconstituer. L’INRS identifie notamment parmi les facteurs professionnels associés au burn-out la surcharge de travail et la pression temporelle, le faible contrôle sur son activité, le manque de soutien social, le manque d’équité et l’insécurité de la situation professionnelle. Il ne s’agit donc pas simplement de demander à une personne épuisée de mieux gérer son stress. Il faut également regarder ce qui, dans son travail et dans son organisation, entretient cet épuisement.

Les premiers signes ne sont pas toujours évidents

C’est précisément ce qui rend le burn-out difficile à repérer. Une personne qui commence à s’épuiser ne s’effondre pas nécessairement immédiatement. Elle peut continuer à travailler, à assumer ses responsabilités et même donner l’impression d’être parfaitement opérationnelle. Pourtant, certains changements méritent d’être pris au sérieux. La fatigue devient persistante. Les nuits sont moins réparatrices. La concentration diminue. Les oublis se multiplient. Une tâche autrefois simple demande davantage d’attention. Les décisions deviennent plus difficiles à prendre. Sur le plan émotionnel, l’irritabilité peut augmenter. La personne supporte moins bien les sollicitations, les interruptions ou les imprévus. Elle peut devenir plus pessimiste, perdre confiance en elle ou avoir le sentiment de ne plus être à la hauteur. Le rapport au travail change également. L’enthousiasme diminue, le détachement apparaît, les relations avec les collègues, les clients, les patients ou les collaborateurs deviennent plus difficiles. Certaines personnes finissent par adopter une attitude très négative à l’égard de leur activité alors qu’elles y étaient auparavant profondément investies. Des manifestations physiques peuvent également accompagner cet épuisement : troubles du sommeil, tensions musculaires, maux de tête, douleurs, troubles digestifs ou fatigue générale. Aucun de ces signes, pris isolément, ne permet évidemment de conclure à un burn-out. Ils doivent être replacés dans leur contexte et leur évolution. Mais lorsqu'ils se multiplient et persistent, il devient dangereux de continuer à faire comme si tout allait bien.

Le piège du je vais tenir encore un peu

C’est souvent ici que se situe le véritable tournant. La personne sent qu’elle fonctionne moins bien, mais au lieu de réduire la pression, elle tente de compenser. Elle travaille davantage pour rattraper son retard. Elle vérifie plusieurs fois ses dossiers parce qu’elle doute de ses capacités. Elle accepte de nouvelles tâches parce qu’elle culpabilise de ne pas réussir à tout faire. Elle entre alors dans un cercle particulièrement épuisant : plus elle est fatiguée, plus elle doit fournir d’efforts pour obtenir le même résultat et plus elle fournit d’efforts, moins elle récupère, moins elle récupère, plus son efficacité diminue. Le sentiment d’être devenu moins performant renforce alors la volonté de travailler encore davantage. C’est ainsi que des personnes très compétentes peuvent finir par se convaincre qu’elles ne le sont plus. Le problème n’est pourtant pas nécessairement leur compétence. C’est parfois simplement que leurs ressources ne permettent plus de répondre durablement aux exigences auxquelles elles sont soumises.

Qui est réellement exposé ?

Il serait faux de dresser le portrait d’une personne unique susceptible de connaître un burn-out. Toutes les professions peuvent être concernées, et les facteurs de risque doivent être examinés en fonction de la situation de travail.  Certaines personnes peuvent néanmoins présenter une vulnérabilité particulière lorsqu’elles accordent une place extrêmement importante au travail dans leur vie, lorsqu’elles sont très consciencieuses ou lorsqu’elles ont tendance à maintenir un investissement professionnel élevé malgré la fatigue. Cela peut concerner un dirigeant qui ne s’autorise jamais à décrocher, un salarié qui accepte systématiquement les urgences, un professionnel qui se sent personnellement responsable du bon fonctionnement de son service ou encore quelqu’un qui associe fortement sa valeur personnelle à sa réussite professionnelle. Mais il faut éviter une conclusion trop facile : le burn-out n’est pas la conséquence d’un prétendu défaut de caractère. L’INRS rappelle qu’il s’agit d’un phénomène multifactoriel, dans lequel les caractéristiques individuelles et les conditions de travail peuvent interagir. Les facteurs liés à l’organisation du travail doivent donc être examinés et faire l’objet d’une véritable prévention.

Comment prévenir le burn-out avant d’arriver au point de rupture ?

La première mesure consiste à ne pas attendre l'effondrement pour reconnaître que quelque chose ne fonctionne plus. Si vous constatez depuis plusieurs semaines une fatigue inhabituelle, des troubles du sommeil, une irritabilité croissante, des difficultés de concentration ou une perte progressive d’intérêt pour votre travail, prenez ces changements au sérieux. Commencez par regarder concrètement votre fonctionnement quotidien. Combien d’heures travaillez-vous réellement ? Combien de temps consacrez-vous aux urgences ? Vos pauses existent-elles encore ? Répondez-vous régulièrement aux sollicitations professionnelles le soir ou le week-end ? Pouvez-vous prendre vos congés sans continuer à travailler ? Votre charge est-elle compatible avec le temps dont vous disposez ? Avez-vous suffisamment de moyens, d’autonomie et de soutien pour accomplir correctement vos missions ? Ces questions sont beaucoup plus utiles qu’un simple : il faut apprendre à se détendre. La prévention consiste en effet à agir sur les causes lorsque cela est possible : réévaluer la charge de travail, clarifier les priorités, réorganiser certaines tâches, demander du soutien, améliorer la répartition des responsabilités et retrouver de véritables périodes de récupération. L’INRS insiste d’ailleurs sur l’importance d’une prévention collective portant sur l’organisation du travail, et pas uniquement sur les capacités individuelles du salarié à supporter la pression.

Savoir demander de l’aide avant de ne plus pouvoir travailler

Il existe parfois une idée dangereuse selon laquelle demander de l’aide serait reconnaître une faiblesse. C’est exactement l’inverse. Lorsque la fatigue devient persistante et que le fonctionnement professionnel ou personnel se dégrade, en parler permet d’intervenir avant que la situation ne devienne beaucoup plus difficile à gérer. Selon la situation, plusieurs interlocuteurs peuvent être sollicités : médecin traitant, médecin du travail ou service de prévention et de santé au travail. Le médecin du travail peut notamment évaluer les difficultés en lien avec l’activité professionnelle et envisager, lorsque cela est nécessaire, une orientation ou des adaptations de la situation de travail. Il ne faut donc pas attendre de ne plus réussir à se lever le matin, de ne plus pouvoir se concentrer ou de craquer complètement pour considérer que la situation mérite une attention médicale.

Prévenir le burn-out, c’est aussi accepter de revoir ses limites

Nous avons parfois appris à valoriser celui qui travaille le plus longtemps, répond le plus rapidement et accepte toutes les responsabilités. Or la capacité à travailler sans interruption n’est pas une preuve de solidité. Savoir s’arrêter avant l’épuisement est également une compétence. Cela suppose parfois d’accepter qu’une journée de travail possède une limite, qu’un dossier puisse attendre, qu’une tâche soit confiée à quelqu’un d’autre ou qu’un objectif doive être rediscuté lorsqu’il n’est plus compatible avec les moyens disponibles. Le burn-out ne se prévient donc pas uniquement en devenant plus résistant. Il se prévient aussi en identifiant le moment où les exigences dépassent durablement les ressources disponibles et en agissant sur cette situation.

Ne banalisez pas les signaux d’alerte

La fatigue professionnelle est devenue tellement fréquente que nous pouvons être tentés de la considérer comme normale. Elle ne doit pourtant pas être banalisée lorsqu’elle s’installe. Être fatigué après une période exceptionnelle n’est pas nécessairement un burn-out. En revanche, ne plus récupérer, perdre progressivement ses capacités de concentration, devenir irritable, se désengager de son travail et continuer malgré tout à augmenter ses efforts constituent des signaux qui méritent d’être examinés. Le bon moment pour agir n’est pas lorsque le corps et l’esprit imposent l’arrêt. C’est avant. Parce que le burn-out ne prévient pas toujours avec fracas. Il peut commencer par une succession de petits renoncements : une pause supprimée, une soirée de travail supplémentaire, un week-end consacré à un dossier, des vacances écourtées, un sommeil sacrifié… Jusqu’au jour où l’on réalise que ce fonctionnement exceptionnel est devenu le fonctionnement habituel. Et c’est précisément pour cette raison que le burn-out n’arrive pas qu’aux autres. Il peut commencer chez quelqu’un qui pense simplement qu’il doit encore tenir un peu.

À retenir : si l’épuisement devient durable, si votre sommeil, votre concentration, votre humeur ou votre rapport au travail se dégradent, ne tentez pas de poser vous-même un diagnostic. Parlez-en à un professionnel de santé et, lorsque le travail semble être en cause, au service de prévention et de santé au travail. Le burn-out peut être sérieux, mais repérer les signaux suffisamment tôt permet d’agir avant que l’épuisement ne s’installe davantage.

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